VANUATU

VANUATU

VANUATU

Treize «grandes îles» et une soixantaine de petites îles et îlots, 161 000 habitants en 1993, une capitale, Port-Vila, et une réputation d’État progressiste: l’archipel du Vanuatu, à 600 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie, représente la queue géographique de la ceinture de feu du Pacifique. Un alignement de plusieurs volcans actifs, dont certains sous-marins, constitue l’axe central de l’archipel, tandis que, de part et d’autre, des îles géologiquement plus anciennes au volcanisme éteint forment une sorte de Y orienté du nord au sud sur près de 900 kilomètres de longueur. Ces «îles de cendre et de corail» constituent une sorte de petite «Méditerranée» océanique.

Découvert une première fois par le navigateur portugais Pedro Fernández de Quirós en 1606, puis par Bougainville, enfin par James Cook qui, en 1772, donna à ce complexe d’îles peuplées de Mélanésiens le nom de Nouvelles-Hébrides, l’archipel resta longtemps sans lois ni tutelle coloniale précise. En 1906, enfin, la France et la Grande-Bretagne, incapables de s’entendre sur les modalités d’un partage, signèrent de guerre lasse l’étrange protocole d’accord instituant un condominium. Ce système d’«administration conjointe» donna à l’archipel, si l’on peut dire, sa première unité politique. Français et Britanniques s’y opposèrent en effet beaucoup plus qu’ils ne collaborèrent, créant une administration lourde et remarquablement peu efficace. L’indépendance, obtenue en 1980, survint au cours d’une crise grave où les minorités d’option francophone s’opposèrent à la majorité anglophone et tentèrent de créer des sécessions, notamment dans les îles de Santo et de Tanna. Cette crise, surmontée par le gouvernement central grâce à l’envoi d’un contingent militaire papou fort de cinq cents hommes soutenus par l’Australie, consacra l’hégémonie politique du Vanuaaku Pati (ou V.A.P.) et de son leader, le prêtre anglican Walter Lini, qui devint Premier ministre.

La France suscite depuis cette crise de la défiance au sein de certaines franges du parti majoritaire V.A.P., ce qui peut se traduire épisodiquement par des crises diplomatiques graves. De même, la communauté française installée dans l’archipel, qui s’élevait à près de 5 000 personnes au moment de l’indépendance, s’est réduite à environ 1 500 en raison des expulsions ou d’avatars divers. La question des relations avec la France ne cesse dès lors de se poser, devenant un débat de politique intérieure. Pourtant, les instituts de recherche français comme le C.I.R.A.D. ou l’O.R.S.T.O.M. ont toujours entretenu d’excellents rapports avec leurs partenaires vanuatans; l’enseignement français, notamment technique, en raison de la qualité de la coopération qu’il apporte au jeune État, n’a jamais non plus été mis en question. Il semble même que le vieux clivage entre l’opposition francophone dite modérée (de 30 à 35 p. 100 de la population) et la majorité anglophone (plus de 60 p. 100 de la population) apparaisse de plus en plus dépassé par d’autres lignes politiques, comme si le Vanuatu sortait réellement de sa situation coloniale.

Le Vanuatu doit en effet affronter de nombreux problèmes. Les événements de 1980 ont laissé des séquelles qui compromettent son unité; les hommes politiques issus du nord de l’archipel s’opposent à ceux du centre et du sud; une véritable émeute a éclaté en mai 1988 à Port-Vila parce que le gouvernement voulait nationaliser les terres urbaines, tandis que le vieux leader de la rébellion de Santo, Jimmy Stevens, huit ans après les événements, restait toujours en prison. Les accords signés avec l’U.R.S.S. permettant la présence quasi permanente d’une flotte de pêche soviétique dans les hautes eaux de l’archipel ont par ailleurs entraîné une vive inquiétude de la part des États-Unis et de l’Australie. Cet accord avait pourtant une finalité surtout commerciale et n’impliquait nullement une adhésion à des modèles marxistes de type cubain. Le non-alignement reste en effet une des constantes de la politique extérieure du Vanuatu, ce qui lui confère souvent une position de pointe dans les débats de politique régionale. Le Vanuatu a par exemple refusé de signer le traité de Rarotonga portant sur la dénucléarisation du Pacifique Sud, sous le motif qu’il n’allait pas assez loin et faisait la part trop belle aux intérêts stratégiques des puissances anglo-saxonnes.

La situation économique stagne. Les ressources traditionnelles du pays ont longtemps reposé sur le coprah, mais la tendance à la baisse générale des cours entraîne le déficit de la balance commerciale. Les coopérants sont moins nombreux et sont de moins en moins des Français à fort pouvoir d’achat. Le tourisme conserve un excellent potentiel grâce à la qualité des hôtels, de l’accueil, de la beauté des paysages et de l’authenticité de la population, mais les revenus qu’il procure au pays sont à la baisse depuis 1984 en raison surtout du tarissement des visites en provenance d’Australie et de Nouvelle-Calédonie.

Le pays, en proie à une croissance démographique très forte (plus de 2,8 p. 100 par an en 1994), se maintient surtout grâce à l’aide des pays extérieurs et à l’importance d’un très large secteur d’autosubsistance au sein de la population. Les réelles possibilités de développement de l’agriculture ou du tourisme laissent présager un avenir économique meilleur. Mais le débat politique interne reste encore plein d’incertitudes. En 1991, cependant, après le départ de Walter Lini et l’élection du modéré Maxime Carlot à la tête du gouvernement, les relations avec la France se sont améliorées et les tensions internes se sont relâchées quelque peu.

Vanuatu
(république de) (anc. Nouvelles-Hébrides) archipel volcanique et état du Pacifique Sud, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie. V. carte et dossier p.1515.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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